Interview : Marc Levy parle de sport
Marc Levy, propos recueillis par Karine Gélébart et Xavier Rivoire

NobleSauvage.com. Les stades sont-ils des bâtiments qui peuvent inspirer les auteurs ?
Marc Lévy. En ce qui me concerne, mon incompétence sportive fait que le stade est une matière difficile à traiter, dans un roman directement lié au sport. Mais je pourrais peut-être l'utiliser un jour pour sa fonction sociale ou politique. Le stade est un bâtiment qui existe depuis l'Antiquité, sa fonction dans la société ne se limite pas à celle des manifestations sportives. C'est avant tout un endroit où l'on se réunit. Certains stades sont des lieux chargés d'histoire, parfois même tragique. Il a fait couler beaucoup d'encre et inspiré de nombreux auteurs. Si les stades ont aussi été des lieux de répression, de révolutions, ils sont avant tout des lieux où doit figurer la beauté de l'esprit du sport. Je regrette que la violence soit récemment entrée dans les stades avec une férocité qu'on ne soupçonnait pas. Il est le miroir d'une partie de la société et c'est donc un sujet propre à l'écriture.
NS : Au niveau architectural, que vous inspirent des stades comme le Parc des Princes, sorte de forteresse renfermée sur elle-même ?
M.L. : Le Parc des Princes n'est pas très à mon goût ! Pour moi, il appartient à l'architecture des années 1960-70, c'est une espèce de grosse masse de béton, assez moche. Le Stade de France, en revanche, est un monument d'architecture. Il est intemporel et exprime la convivialité qui est le véritable esprit du stade. Quand on rentre de l'aéroport de Roissy et qu'on voit le Stade de France, on ne peut pas s'empêcher de le regarder ! Alors que quand on est sur le périphérique et qu'on passe sous le Parc des Princes, on n'a pas envie de lever la tête
NS : Quel stade auriez-vous été fier de dessiner ?
M.L. : Je ne sais pas et j'en aurais été bien incapable ! Je dirais à nouveau le Stade de France, parce qu'il est sublimement réussi. Je n'ai pas une culture exhaustive des stades dans le monde, mais j'aurais été fier que mon cabinet ait dessiné ce Stade. Je pense qu'il fait partie de ces bâtiments dont l'architecte et ses équipes peuvent être fiers, parce qu'il est indémodable. C'est une très belle réussite.
NS : Vous dites ne pas vous intéresser au sport. Mais avez-vous déjà pénétré dans un stade pour y assister à une manifestation sportive ?
M.L. : Je suis allé une fois voir un match PSG-OM. Je devais avoir 17 ou 18 ans et j'y étais allé avec un copain. Moi, j'étais pour l'OM, parce que j'avais habité Nice. J'étais le seul à m'être levé quand Marseille a marqué ! Même si on n'est pas fou de sport, quand on est dans un stade, on est vite pris par l'ambiance ! Mon copain m'a vite dit de me rasseoir. J'ai senti le poids absurde de tous les regards hostiles des supporteurs parisiens tournés vers moi. Je crois que cela a contribué à me faire passer l'envie d'aller voir des matchs. J'ai une vision du sport qui est vraiment celle du " meilleur gagne " et j'adhère peu à cette violence. Les images des stades français avec les gens amassés derrière des grillages, je ne comprends pas et ça ne me fait pas rêver du tout. Je ne vais pas me faire de copains en disant cela, mais le sport devient alors une parodie : un vilain spectacle !
NS : Dans votre premier roman (" Et si c'était vrai ? "), le décor est planté à San Francisco, une ville dans laquelle il y a beaucoup de stades, notamment pour le base-ball. Etes-vous déjà allé dans ces stades ?
M.L. : Oui, car il y a là un vrai " esprit de sport ". Les gens vont y voir un match, et non se taper dessus ; il n'y a pas de violence, pas de CRS au bord des terrains. Ils y vont pour partager un moment de fête ; pour moi, c'est cela l'esprit du stade. Je suis allé assister, plusieurs fois, à des matchs de hockey-sur-glace. L'ambiance y est sympathique, généreuse, familiale. Il y a une véritable interaction entre ce qui se passe sur la glace et dans la salle.
NS : On peut dire que vous êtes un sceptique du stade dans son acceptation européenne
M.L. : Je suis un sceptique du " sport violence ". Mais il n'y a pas que ça, il ne faut pas exagérer ! Je trouve la Formule 1 belle à voir par exemple. Il y a un " esprit F1 ". J'aime regarder le volley-ball et le basket également. Mais le football aujourd'hui à la télévision, c'est parfois violent
Je trouve que voir des gens derrière des grillages, avec la nécessité de séparer les camps, c'est quand même bizarre ! C'est très loin du sport tel que les gens ont envie de le vivre ; l'idée de sport, c'est de s'amuser, de se maintenir en forme
NS : Pensez-vous que l'on utilise aujourd'hui suffisamment le stade dans toutes ses fonctions, notamment artistiques ?
M.L. : Je trouve que c'est très intéressant de donner une autre fonction au stade. L'idée de faire rentrer la musique dans ces enceintes me plaît beaucoup. Les concerts dans les stades sont souvent formidables ! Je suis déjà allé en voir à de nombreuses reprises. C'est assez étrange finalement, parce que le spectacle n'est plus vraiment sur la scène, à part pour les quelques privilégiés qui sont devant, mais il vient de la foule face à la scène. J'aimerais beaucoup voir un jour un ballet dans un stade, ce serait très beau
Le stade a vraiment une dimension festive qui ne doit pas s'arrêter au sport. Il peut être exploité à de nombreux desseins.