Interview Actualité Juive, 29 Avril 2004
Marc Levy, propos recueillis par Olivia Cattan

Actualité Juive : Vous avez un parcours atypique, vous nêtes pas comme le héros de votre nouveau livre : vous nattendez pas la réincarnation suivante pour changer de destin ! ?
Marc Lévy : Non. Je nattendrai pas la prochaine fois, la prochaine vie pour réaliser les choses qui me tiennent à cur. Jai été tout dabord secouriste à
A.J. : Avez-vous tenté de c ! omprendre ce succès qui traverse les frontières ?
M.L. : Non, ce serait dénaturer mon travail. Je me pince et javance. Pour la sortie de chacun de mes romans, je me prépare toujours à léchec.
A.J. : Comment décririez-vous ce nouveau roman ?
M.L. : Jai été possédé par cette histoire. Cest une grande aventure amoureuse, un voyage dans le temps et dans le monde de la peinture. Cest pour moi, mon meilleur livre.
A.J. : Que ferez-vous la prochaine fois ?
M.L. : Si je me réincarne ? Jessayerai de retrouver les gens que jaime.
A.J. : Vous abordez dans ce roman, le thème de la réincarnation, croyez-vous, comme dans
M.L. : Dans mon livre, le thème de la réincarnation nest pas une croyance personnelle. Cest une métaphore utilisée pour parler de léternité du sentiment.
A.J. : Votre vision de lamour est très féminine, romanesque...
M.L. : Jai une grande admiration pour les femmes. Elles ont une vision plus pure, plus idéaliste de lamour. Les hommes sont cyniques et leurs attitudes détruisent la force des sentiments. Le cynisme est un arôme au goût trop amer que je ne pratique pas.
A.J. : Vous ne parlez pas beaucoup de vous, de votre judaïsme, de vos croyances...
M.L. : Pour moi, il y a une grande différence entre la croyance et la religion. La religion est une interprétation collective de la foi qui reste à mon sens très individuelle. La religion donne des règles et des lois établies par les hommes, pour gérer et diriger les hommes. Les religions sont sources de guerres et denfermement de la pensée. Il y a des Sages magnifiques dans la religion juive, mais pour moi la foi est avant tout une question de liberté. Lorsque mon fils est né, jai planté un olivier dans un pot que je transporte partout, il représente lArbre de vie. La tradition prend souvent racine dans des valeurs symboliques et cest peut-être ma façon ! dêtre juif.
A.J. : Vous vivez en Angleterre, mais vous devez être au courant de la multiplication des actes antisémites en France... Quelle vision en avez-vous ?
M.L. : Il y a en Angleterre, un calme général, une nonchalance qui est très agréable. Cest un pays où lon continuait à boire le thé pendant que les bombes tombaient. En France, tout le monde parle beaucoup dantisémitisme et très peu dautres formes de xénophobie liées à la différence. Lorsque jétais à lécole primaire dans le Sud de
A.J. : Que ressentez-vous au sujet du conflit israélo-palestinien ?
M.L. : Personne ne connaît la clé de
A.J. : Croyez-vous encore que la paix est possible ?
M.L. : Je vais vous raconter une histoire qui m est arrivée, il y a quelques mois. Comme vous le savez peut-être, je suis fils dun grand résistant déporté, mes grands-parents ont été déportés à Auschwitz. Lannée dernière, je faisais ma tournée de promotion en Allemagne dans la librairie située dans la gare de Leipzig, la plus grande gare dEurope. Cétait une lecture payante. Il y avait devant moi 300 personnes qui mécoutaient et qui souriaient. Une traductrice lisait des passages de mon livre en allemand. Javais le dos tourné à la vitrine et jentendais le haut-parleur annoncer les départs de train. Dans toutes les vitrines, il y avait mes livres avec le nom de Marc Lévy. Jai repensé alors à mon père, il y a cinquante ans qui en descendant du train sétait pris un coup de crosse dans le visage parce que sa tête ne revenait pas au soldat SS qui gardait son convoi. Je me suis demandé ce quaurait pensé mon père si on lui avait dit quun jour, les Allemands paieraient pour acheter le livre de son fils. Alors que ceux qui me di ! sent aujourdhui que la réconciliation entre les peuples nest pas possible se taisent. Je crois fondamentalement à la possibilité dune grande amitié future entre le peuple juif et le peuple de Palestine. Je ne suis ni politicien, ni militaire, les problèmes sont difficiles à régler, mais il faut réussir à redonner un espoir à ces enfants, nourris par la haine depuis vingt ans.
A.J. : Peut-on dire que Marc Lévy est un idéaliste ?
M.L. : Oui, je suis un idéaliste et très heureux de lêtre resté.