Interview Carrefour.Savoir, Juillet 2004
Marc Levy, propos recueuillis par T.W.

Vous vous qualifiez vous-même d'autodidacte en tout. Est-ce vrai également pour l'écriture que vous avez commencé à 36 ans, pour votre fils...
J'ai écrit Et si c'était vrai... pour l'homme qu'il va devenir. Il avait alors 9 ans. J'ai écrit avec l'envie de lui dire des choses qu'il pourra lire à l'âge que j'avais en les lui écrivant. C'est ma soeur qui a insisté pour que je l'adresse à un éditeur. Je ne l'ai envoyé qu'aux Editions Robert Laffont, sans y croire, et ils m'ont appelé huit jours après.
Le succès de votre premier roman a été immédiat. Vous avez écrit Où es-tu ? dans la foulée...
C'est encore entièrement lié à mon fils. Dans le premier, je voulais lui dire : "Tu vas rencontrer dans ta vie beaucoup plus de gens qui te diront "C'est impossible" que d'autres qui te diront "C'est possible". Mais ne renoncent pas à tes rêves." Ce qui m'arrive avec Et si c'était vrai... , c'est un rêve. Tout le monde m'annonçait que j'allais me planter avec un deuxième livre. Et si je ne relevais pas le défi vis-à-vis de mon fils, le premier devenait un mensonge. Alors j'ai pris le risque d'en écrire un deuxième.
Dans votre dernier livre, La prochaine fois, vous vous promenez en Europe, sur les pas d'un peintre imaginaire du XIXème siècle, Vladimir Radskin...
Je me suis beaucoup documenté, car je connaissais très peu de choses de la peinture. On écrit seul, mais on travaille et on apprend avec la complicité des gens. Je n'aurais pas pu écrire La prochaine fois, sans des personnes formidables du Louvre, de chez Christie's à Londres qui m'ont accueuillis très chaleureusement et de chez Zecchi à Florence.
Dans chacun de vos livres, il y a une fantastique histoire d'amour. Mais l'intemporalité, l'éternité reviennent aussi chaque fois. Est-ce une façon de dire que, pour vous, l'amour serait plus fort que la mort ou la séparation ?
On se pose tous la question de la vie après la mort. Il n'y a aucune certitude en la matière, sinon une qui est accessible à tous : le sentiment, lui, ne meurt pas. Je pense qu'à la fin d'une vie, celui qui est immortel, c'est celuiqui a été aimé et qui a aimé. Je pense, et ça n'engage que moi, que la plus grande réussite d'une vie , c'est dans l'amour qu'elle se révèle. Le personnage principal et récurrent de tous mes romans, c'est le sentiment.
Le rapport du temps et de l'espace est particulièrement important dans La prochaine fois...
Le temps est une dimension qui me fascine. C'est la dernière des dimensions qui nous est incertaine. Elle est extrêmement romanesque. Est-ce le temps qui contient l'espace, ou l'espace qui contient le temps ?
Vous préparez déjà votre cinquième roman. Et le cinéma ?
J'en rêve. J'ai réalisé un court-métrage au bénéfice d'Amnesty International et, pour moi, ça a été une expérience divine. Il est diffusé de temps en temps sur Canal+ et devrait sortir en salles, en première partie, au mois de septembre. Ca s'appelle La lettre de Nabila, interprété par Rachida Brachni. Tout le monde était tellement compétent autour de moi que je ne me suis rien prouvé, sauf que j'ai pris un plaisir énorme à le faire et que j'ai très envie de recommencer.