Interview Vol De Nuit, 8 Juin 2005
Marc Levy, propos recueillis par Patrick Poivre D'Arvor

P.P.D.A : Marc Levy... Alors Marc Levy, chez Marc Levy aussi on résucite assez souvent, d'une certaine façon puisque souvent vos héros sont frappés de malédiction du coma, qui est pas une malédiction mais qu'ils utilisent pour... d'abord pour avoir des rêves,pour imaginer, pour laisser galoper l'imagination puis pour avoir une nouvelle vie. Alors en l'occurence ce livre est très interessant parce, donc s'apelle Vous revoir, c'est la suite et pas la suite de Et si c'était vrai... parce que, on peut le lire indépendemment, on peut ne pas avoir lu le numéro un, et c'est, si vous voulez le premier mais à l'envers d'une certaine façon.
Marc Levy : Oui c'est une suite autonome...
P.P.D.A : Hum...
M.L. : C'est une suite autonome, mais en fait ce n'est que la deuxième fois que je me sers un petit peu du coma mais bon, parce que c'est une suite du premier livre, dont c'était le thème principal! Mais c'est pas dans le volet surnaturel, c'est vraiment traité... pour moi, enfin l'état de coma dans le lequel est Lauren est là pour décrire plus une façon métaphorique, l'unicité du sentiment qui les lie l'un à l'autre.
P.P.D.A : Mais... on arrive... enfin on se pose bien des questions sur ce qui s'est passé pendant le premier coma et d'une certaine façon on...
M.L. : C'est l'histoire d'une nouvelle chance...
P.P.D.A : Une deuxième chance c'est ça...
M.L. : C'est vraiment l'histoire d'une deuxième chance, c'est deux personnages qui se sont rencontrés au mauvais moment et que la vie va remettre face l'un à l'autre.
P.P.D.A : Alors, le premier c'est Arthur qui dirige un bureau d'architecture à San Francisco, il pourrait vous ressembler, parce que vous avez été architecte donc...
M.L. : Je dirigeais un cabinet sans être architecte...
P.P.D.A : Bon on peut considerer que... il vous est relativement proche. Le second personnage c'est Lauren. Alors, Lauren, elle, travaille dans un service d'urgence et donc va être appelée à soigner Arthur lorsqu'il va...
M.L. : Oui, en fait au début du... enfin au tout debut de l'histoire, on comprend que y'a eu une certaine séparation... enfin y'a eu un temps qui les a séparés l'un de l'autre et Arthur fait un voeu dont il ne mesure pas tout à fait la portée. En fait, il a ce rêve... caché... de la retrouver et il fait l'aveu que s'il la retrouvait il n'est pas sûr d'avoir le courage de replonger dans l'histoire puis la vie qui a parfois beaucoup plus d'imagination que nous va remettre ces deux protagonistes en présence l'un de l'autre. Et à partir de là... ils vont ou ne vont pas prendre tous les risques de retenter une deuxième chance.
P.P.D.A : Alors on ne va pas donner...
M.L. : Non...
P.P.D.A : ...donner la clef. Ce que j'aime bien dans la métaphore, c'est qu'il est renversés par un side-car, donc on sent que chez vous y'a toujours un petit ange-gardien d'une certaine façon qui est à côté, qui se promène à côté de soi. Y'as des gens qui se baladaient avec des p'tits perroquets ou des oiseaux qui leur portaient chance, vous y'a toujours une deuxième chance qui est à côté.
Mireille Calmel : On a tous une deuxième chance...
M.L. : Oui parce que, en fait, je trouve que... dans un moment où on parle beaucoup du pouvoir, de... je suis assez fasciné de voir que, enfin homme comme femme, le plus cultivé, le plus puissant du monde, est, finalement, totalement déstabilisé quand il est confronté au sentiment amoureux. C'est à la fois, je trouve, la plus grande source d'invention de l'homme, le plus grand moteur pour se dépasser et c'est en même temps lorsque... enfin je trouve que c'est l'un... le courage amoureux est un des courages que j'admire le plus parce que c'est le courage dans lequel on est le plus nu et finalement où on prend le plus de risques. Une blessure à l'âme, une blessure sentimentale est une blessure qui peut faire terriblement souffrir. Alors c'est ce dont j'ai envie de parler, le meilleur moyen d'en parler sans être ni dans la leçon de moral, ni dans le côté dramatique de la chose, c'est de le traité, je trouve, avec humour et tendresse. Et j'aime mettre mes personnages dans des situations presque absurdes, enfin fantastiques, et essayer ensuite au travers de l'histoire de faire totalement oublier la situation absurde dans laquelle ils se trouvent par ce contre-poid que ce que, eux, vont faire, de ce qu'ils entreprennent, et de ce qui, dans une situation presque inhumaine, les rend, eux, terriblement humains.
P.P.D.A : Est ce que vous croyez à l'éternité du sentiment ?
M.L. : Du sentiment ? oui... oui oui tout à fait ! Mais c'est pas que je... enfin c'est pas une question de croire ou pas, c'est un constat ! Je constate que les gens qui nous quittent et que nous avons aimé, restent extrêment présents dans nos vies et dans nos quotidiens. Moi j'ai perdu ma grand-mère y'a une dixaine d'année, et il ne se passe pas une journée sans que, à un moment de la journée, quelque chose me rappelle à elle. D'ailleurs j'ai eu une très grande tendresse en lisant le livre de Guillaume, parce que ma grand-mère disait toujours à ma soeur et moi, que lorsqu'elle mourrait, elle se réincarnerait en mouche et donc quand j'ai lu son livre, ça m'a fait énormement sourire et aussi beaucoup penser à elle, sauf que j'espère que sa métamorphose s'est passé de façon plus douce.
P.P.D.A : Vous vous êtes pas consultés au fait, parce qu'il y a un coma aussi chez lui ?
M.L. : Non, non du tout, je m'en suis rendu compte aussi...
Guillaume Cochin : Moi aussi...
M.L. : Mais parce que... enfin il est pas abordé de la même façon, moi... enfin dans Et si c'était vrai... comme dans Vous revoir, le coma n'est pas utilisé pour le côté fantastique ou surnaturelle de cette situation. A aucun moment finalement, ni dans le premier ni dans le deuxième, Lauren ne joue réellement de son côté passe-muraille. C'est vraiment... c'est une, pour moi, une façon tendre et simple de parler d'une situation qui est encore plus fantastique que cet état là, qui est le fait de tomber amoureux et de la métamorphose qui s'en suit. Dans Et si c'était vrai... le principe d'avoir mis Lauren dans le coma et qu'Arthur soit le seul à la voir n'était jamais qu'une parodie de ce qui nous arrive à tous quand on tombe amoureux : on est le seul à voir chez l'autre ce que personne d'autre ne voit.
P.P.D.A : C'est d'ailleur très joli le mot "tomber" amoureux. C'est ça qui nous fait tomber sur la tête...
G.C. : Y'a une phrase de la relativité aussi... de la gravité du fait que la gravité n'est pas responsable du fait de tomber amoureux... très joli...
Gonzague St Bris : Moi je suis très épaté pas Marc Levy, j'm'e dis "Comment il fait ?", il maîtrise la stratégie des faits d'une façon extraordinaire et je me suis aperçu que finalement que pour lui, le surnaturel, c'est la métamorphose du sentiment amoureux et dans son art d'écrire, on néglige l'extraordinaire difficulté qui a à restituer dans la simplicité comme il le fait. En fait c'est comme dans la peinture, on voit les à-plats et ça empêche de votre la perspective profonde de ce qu'il raconte.
P.P.D.A : Mais c'est peut-être les années d'architecture, de directeur de cabinet d'architecture qui lui a permis d'avoir cette vision plus claire des choses peut-être...